Retour sur les Entretiens de Yaoundé
Le projet « Les Entretiens de Yaoundé », conçu et réalisé par l’association française « Traditions d’Avenir » et son président, le sénateur Michel Guerry partait du constat que « malgré des efforts politiques, scientifiques et financiers importants, les grandes pandémies telles que le sida ou le paludisme ne reculent pas, particulièrement dans les pays pauvres ».
Il devient donc primordial de mieux connaitre ces environnements afin de pouvoir y apporter des solutions efficaces et mieux adaptées. Partout dans les pays en développement, la vaste majorité de la population a recours à la médecine traditionnelle ; qu’en est-il de ces approches de santé fortement intégrées qui donnent souvent des résultats étonnants.
Il a donc été convenu de rassembler acteurs et observateurs venus d’horizons différents pour réfléchir sur la place du « malade des pays en développement face aux thérapies traditionnelles et scientifiques » En mettant l’accent sur la connaissance du malade et des milieux sociaux, environ 75 personnes venues d’Asie, d’Afrique, d’Europe et d’Amériques se sont réunies pendant trois jours pour discuter de ces questions. La Chine et l’Inde, déjà bien avancées depuis quelques millénaires dans cette voie étaient bien représentées ; l’Afrique, par un certain nombre de guérisseurs, de médecins et de scientifiques était présente, ainsi que par des associations de malades porteurs de virus. Des acteurs de santé publique en Amérique centrale et du Sud ont témoigné, ainsi que des médecins et scientifiques européens. Nous aurions aimé que des tradi-praticiens autochtones canadiens puissent y participer, mais ça n’a pas été possible. A part moi, la Fondation BDA avait délégué le père Jacques Paulus, s.j. directeur du laboratoire de ISAV à Kinshasa en plus d’être à l’origine de projets de santé par les plantes auprès de populations pauvres et tribales congolaises, ainsi que par le Dr Célestin Pongombo, professeur de médecine traditionnelle aux université du Kasaï, de Lubumbashi en RDC et de Ruengeri au Rwanda.
Traditions d’Avenir avait entendu parler de la Fondation BDA et de PharmAfrican. Au cours d’un déplacement au Canada en 2007, son directeur général Pierre Noel avait demandé à rencontrer Carole Robert qui a accepté ensuite de s’associer à cet événement. Me trouvant alors en Europe, j’ai été désigné pour nous représenter aux réunions régulières de pilotage du projet, dans les locaux du sénat français à Paris. Je me suis même retrouvé au Comité d’honneur, constitué de personnalités tel que Chantal Biya, épouse du président du Cameroun, Jacques Chirac, le professeur Luc Montagnier, prix Nobel de médecine 2008, Jean-Pierre Raffarin et quelques autres scientifiques et politiciens impliqués en santé publique .
Les entretiens se sont tenus à l’hôtel Mont Fébé de Yaoundé du 17 au 19 novembre 2009. Les organisateurs avaient obtenu un prix de groupe sur Air France au départ de Paris et le gouvernement camerounais a pris en charge l’hébergement et les repas. Le ministre de la santé du Cameroun a offert une réception à la fin des travaux du premier jour et l’ambassadeur de France, Bruno Gain a fait de même le deuxième jour. Toutes les séances étaient plénières, chacune constituée de deux présentations liminaires suivies d’une discussion de groupe. Le père Paulus a participé au panel sur les plantes médicinales et a illustré son propos par l’expérience de son association JEEP à Kinshasa (Jardins et Elevages de Parcelles) et par le projet BDA, insistant sur la nécessité de mettre en place un mécanisme de partage des profits éventuels avec les populations locales, souvent à l’origine de l’utilisation de certaines plantes. Comme les organisateurs avaient sollicité des contributions écrites, le Dr. Pongombo a rédigé en notre nom un document qui a été distribué aux participants et qui en plus de figurer aux actes, sera placé sur le site de Traditions d’Avenir.
De l’avis unanime des participants, tant du Nord que du Sud, les entretiens furent un franc succès. Les africains ont particulièrement apprécié la possibilité de présenter leur médecine traditionnelle à des spécialistes étrangers réceptifs ; les indiens nous ont parlé de l’intégration dans leur système national de santé de leur médecine traditionnelle, constituée de cinq courants majeurs et pratiquée de puis cinq mille ans ; Les chinois pour leur part, sans doute plus avancés en la matière avec une grande intégration des médecines scientifique et traditionnelle dans leur système de santé publique ont convaincu du sérieux de leur démarche. Les statistiques qu’ils nous ont présentées sur les étonnants taux de réussite de leurs médecins traditionnels nous ont cependant laissés pantois. Les organisateurs vont bientôt préparer un rapport détaillé des entretiens, incluant programme et liste complète des participants qui nous sera distribué.
Un certain nombre de constats semblent déjà apparents ; la médecine occidentale dite scientifique est très spécialisée et développe des spécialistes médicaux et des médicaments précis pour chaque maladie ou affection du corps humain. Elle soigne la maladie. La médecine traditionnelle par contre, utilisée par plus de 80 % de la population mondiale est holistique, c'est-à-dire qu’elle place le malade dans son contexte et c’est le chemin qu’elle emprunte pour soigner l’affection. Elle soigne le malade.
La médecine traditionnelle utilise toutes sortes de techniques ( dont la plupart est incompréhensible à l’esprit occidental) mais les plantes sont utilisées, souvent avec grand succès dans au moins 50% des cas. C’est ici que la Fondation BDA peut jouer un rôle fort utile parce jusqu'à ce jour, à part quelques rares exceptions, elles sont cueillies à l’état sauvage, sans connaissance des conditions optimum de cueillette et de conservation et sans préoccupation de leur survie à long terme. Comme il est assuré que la médecine traditionnelle va continuer d’être pratiquée ( et de plus en plus dans les pays du nord) il devient essentiel qu’elle puisse s’approvisionner de plantes de qualité et en quantité soutenue. Le temps est donc venu d’injecter des éléments de science et de contrôle de qualité dans un secteur qui en a vraiment besoin pour améliorer ses rendements et répondre à la demande. Ceci est vrai non seulement pour les plantes a vertu médicinales mais également pour celles utilisées à des fins alimentaires.
Tous les participants ont reconnu l’importance de la plante de qualité dans le processus de la médecine traditionnelle et la nécessité d’en assurer un approvisionnement durable. Il ont également reconnu le rôle utile joué par la Fondation BDA dans ce domaine et plusieurs représentants africains nous ont dit souhaiter une implantation de notre programme chez eux ; presque tous manquent cependant de moyens financiers.
D’aucuns ont exprimé publiquement le désir de voir ces entretiens se répéter et le Brésil en particulier souhaiterait éventuellement recevoir le groupe. Les organisateurs se sont déclarés heureux de ces conclusions et ouverts à la perspective de les reprendre.
