Changement d'attitude pour le développement de l'entreprenariat: manifeste des Écopreneurs
Kinshasa, le 08 juillet 2009
Nous sommes un groupe de personnes lancées depuis novembre 2008 dans l’entrepreneuriat de production de plantes médicinales en République Démocratique du Congo. Nous sommes 25 congolais, hommes et femmes, disposant chacun d’une parcelle de terre destinée à la culture des plantes médicinales (avec une moyenne de 10 hectares par personne). Ces parcelles sont disséminées à travers les différentes provinces de la R.D. Congo.
Après analyses de différentes études et articles à propos de l’aide au développement, incluant l’ouvrage « Dead Aid » (1), nous avons décidé de prendre position face au débat sur la question de savoir quel type d’aide serait efficace développer l’Afrique. Il est avéré, et nous l’avons vécu pour en savoir suffisamment assez, que l’aide aux pays sous-développés est inefficace, en Afrique comme ailleurs.
Nous pensons que :
a) L’aide financière directe (aide publique des pays développés aux gouvernements des pays sous-développés) n’est utile qu’en cas de catastrophe naturelle (et non en cas de guerre parce que cette dernière est souvent sciemment provoquée et entretenue par les mêmes qui ont suffisamment de moyens pour fabriquer des armes et les fournir à ceux qui s’entretuent. Les mêmes bailleurs de « fonds » reviennent sous une autre casquette « assister » les déplacés des guerres savamment orchestrées, sans ressusciter les nombreux morts qui, eux, constituent pour toujours une perte pour les pays concernés. Elle présente les inconvénients majeurs suivant : une tendance à s’éterniser, un maintient de la dépendance, un accroissement de la pauvreté, un enrichissement sans cause et éhonté des gouvernants des pays sous-développés, etc.
Ce type d’aide doit être réduit progressivement jusqu’à annulation totale.
b) Le transfert de technologies par la formation et le renforcement des capacités des ressortissants des pays sous-développés nous paraît plus efficace que la précédente. L’avantage pour ce type d’aide est que les personnes formées, si le suivi après formation est suffisamment assurée, sont aptes à s’intégrer et à intégrer leurs pays ou institutions dans l’ère de l’inévitable mondialisation et du développement durable à travers les différents échanges internationaux (commerciaux, scientifiques et culturelles…). Les États dont les ressortissants sont ainsi formés doivent s’engager à assurer à ces personnes des moyens conséquents pour pratiquer ce qu’ils ont appris. Cet engagement doit être un préalable à la formation et le suivi de son application doit faire partie des protocoles d’accord entre le pays bénéficiaire de l’aide et le pays fournisseur de l’aide.
c) Les investissements directs des privés aussi bien des pays développés que des pays en voie de développement ont l’avantage de favoriser les échanges commerciaux, de créer des emplois dans les pays concernés et surtout de stimuler le respect de la liberté individuelle et le respect du droit de la propriété (ce qui, d’une certaine façon, favorise le renforcement des institutions des pays sous-développés) dans les pays en voie de développement. On peut prendre en exemple bon nombre de pays où se sont installés des entreprises des pays développés à la recherche de la main-d’œuvre bon marché. Cette façon de faire, combinée avec l’ouverture des marchés des pays développés aux pays sous-développés a l’avantage, si on ne laisse pas aux seconds des parts de marchés par charité malgré la non-conformité et la non compétitivité, de permettre aux différents partenaires de traiter d’égale à égale chacun apportant quelque en échange. Il y a de l’émulation et de la considération réciproque favorables au développement.
Depuis huit mois que nous suivons des modules de formation et de renforcement de capacité du programme de la Fondation BDA, notre cohorte a fait beaucoup de progrès en diverses matières. À titre illustratif nous pouvons citer : la maîtrise des notions de normes internationales telles que GACP, Assurance Qualité, GATT, etc.; la réalisation par la cohorte de l’importance de la compétitivité de l’Afrique sur le marché international de divers produits et services et la bonne compréhension et une distinction des enjeux pour l’Afrique par rapport aux enjeux des autres concurrents dans le monde.
La Fondation Biotechnologie pour le Développement Durable en Afrique (BDA) est une association de droit canadien dont un des projets est la formation des africains ayant un background agronomique dans la culture des plantes médicinales et aromatiques en vue de leur insertion sur le marché mondial de fourniture de matières premières d’origine végétale aux industries pharmaceutique et alimentaire. C’est un programme très riche où les apprenants, entrepreneurs en production de plantes médicinales et aromatiques, sont renforcés : en techniques de production et de protection des plantes médicinales et de la biodiversité – en négociation des marchés internationaux et locaux – en management des entreprises de production des plantes médicinales conformément aux normes de l’OMS et aux standards internationaux – en communications et en utilisation de l’outil informatique (internet, logiciels de comptabilité, etc.).
Nous sommes favorables aux échanges commerciaux libres c.à-d. une ouverture de marché à tous, pays sous-développés aussi bien que pays développés. Cette ouverture juste et équitable des marchés des pays développés aux pays sous-développés peut réellement être appelée de « l’aide »; parce que pour parler correctement d’aide il faut y associer l’idée de travail. C’est lorsque quelqu’un entreprend un travail donné qu’il peut solliciter de l’aide pour avancer plus vite dans ce qu’il fait. Les africains, ayant préalablement appris à produire de la bonne manière et s’étant déjà engagé dans la production de ce qui est demandé dans le monde, peuvent alors seulement solliciter de leurs partenaires du monde l’aide pour écouler leurs productions sans charité avilissante.
Fait par les étudiants de BDA
© 2009 Fondation BDA
(1) Dambisa Moyo, Dead Aid: Why Aid Is Not Working and How There Is a Better Way for Africa, Allen Lane,2009, 208 p.

